Une stratégie québécoise pour renouer avec notre esprit entrepreneurial

Au cours de la semaine dernière, la nouvelle la plus significative dans le domaine de l’entrepreneuriat fut sans contredit l’annonce tant attendue de la « Stratégie québécoise de l’entrepreneuriat ».

La stratégie vise à redynamiser l’entrepreneuriat dans la province. Après avoir été un leader au Canada dans les années 80, de nombreux indicateurs démontrent que le Québec se place depuis un nombre d’années en queue de peloton sur le plan de la vitalité entrepreneuriale (à l’échelle nord-américaine, la situation est encore plus précaire). Malgré de nombreux succès, le Québec se distingue malheureusement dans son ensemble par la faiblesse relative des intentions d’entreprendre, le déclin du taux entrepreneurial et du taux de création d’entreprises ainsi que par des difficultés anticipées en matière de relève des entreprises. Conséquemment, il était impératif pour le gouvernement du Québec de proposer des mesures pour renverser une situation fort inquiétante pour la prospérité économique de la province.

La Stratégie, qui est disponible dans son entièreté ci-dessous, est issue d’une démarche consultative auprès des parties prenantes du domaine de l’entrepreneuriat. L’annonce a généralement été favorablement accueillie la semaine dernière. Une longue série de mesures a été annoncée et la Stratégie est soutenue par l’injection de fonds considérables. Au total, on estime que le gouvernement et le secteur privé investiront près de 460 M$ sur une période de trois années.

La Stratégie s’oriente autour de 5 principaux axes :

1 : VALORISER  – Une reconnaissance collective des entrepreneurs

2 : DÉVELOPPER – Un système d’éducation promoteur de qualités entrepreneuriales

3 : SOUTENIR – Un appui à la création, à la croissance et au transfert d’entreprises

4 : OPTIMISER –  Une simplification et une réduction des démarches administratives

5 : DYNAMISER – Une action renforcée et concertée sur le terrain

Promouvoir une culture entrepreneuriale

L’annonce est un pas en avant pour le Québec au moment où la redistribution de la richesse est le focus principal des gouvernements des pays développés aux prises avec de graves difficultés économiques. La création de richesse est essentielle à l’amélioration de nos standards de vie et l’entrepreneur doit être au centre des priorités gouvernementales. Le Gouvernement semble avoir bien identifié les facteurs critiques nécessaires à l’éclosion d’une nouvelle génération d’entrepreneurs. La valorisation du rôle important des entrepreneurs dans la société accompagnée du développement d’un système d’éducation qui fait la promotion de qualités/valeurs entrepreneuriales et d’un appui à la création, à la croissance et au transfert d’entreprises sont des objectifs entièrement louables. L’entrepreneur doit être valorisé au même titre que l’athlète professionnel ou l’artiste. Les jeunes doivent être encouragés à un jeune âge à adopter un esprit entrepreneurial. Idéalement, l’école devrait être un lieu où économie, créativité, prise de risque et orientation vers l’action côtoient de manière multidisciplinaire mathématique, langues, sciences et éducation physique. Un système de soutien et de valorisation doit être instauré pour encadrer la prochaine génération de jeunes entrepreneurs au même titre que les ligues Midget AAA et Junior majeur du Québec le font pour les jeunes hockeyeurs. Les semences doivent êtres plantées tôt pour que l’esprit entrepreneurial des québécois puisse se développer à l’adolescence et éclore pleinement à l’âge adulte.

Bien que les grandes lignes de la Stratégie soient solides, les initiatives concrètes sont relativement plus sujettes à la discussion. Une fois répartis entre les très nombreuses nouvelles initiatives, les nouveaux capitaux injectés seront-ils suffisants pour avoir un impact significatif ? Est-ce qu’on a essayé de satisfaire le plus grand nombre possible de parties prenantes / clientèles au risque de diluer les bénéfices pour la société? Est-ce que le Gouvernement aurait dû privilégier des incitatifs fiscaux (ils sont totalement absents) ? Difficile à trancher honnêtement. À ce stade, je crois qu’il faut laisser le bénéfice du doute au gouvernement. Les résultats seront très subjectifs à évaluer et seront perceptibles seulement à long terme. Il faudra donc possiblement faire des ajustements, mais surtout persister à long terme. Changer la culture d’un peuple ne se fera probablement pas en quelques années.

Un accès accru au financement

Une condition essentielle pour que le Québec soit une société innovante et dynamique est un accès au financement. Sur ce plan, je vois d’un bon œil l’annonce de nouveaux capitaux (Fonds Capital Anges Québec, Fonds Relève Québec,  CLD – Fonds local d’investissement (FLI), Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD)). C’est de l’énergie additionnelle qui alimentera de nombreuses nouvelles entreprises.

Globalement, il s’agit d’un excellent moment pour se lancer en affaires au Québec. Sans nécessairement être Silicon Valley, je ne crois pas qu’il existe un manque évident de capitaux au Québec pour se lancer en affaires. De l’amorçage (Anges Québec, Real Ventures, etc.), à la croissance (Tandem Expansion Capital), en passant par la relève d’entreprise (Fonds Relève Québec, Fonds de solidarité FTQ, etc.), il existe du financement pour accompagner les entrepreneurs tout au cours des différentes phases de leur développement.

À ces fonds s’ajoutent de nombreuses initiatives qui ont vu le jour au cours des dernières années. À Montréal, la communauté entrepreneuriale s’est beaucoup mieux organisée avec des initiatives comme le Défi Les Anges financiers, les accélérateurs d’entreprises (Maison Notman, Bolidéa, Tandem Launch, Year One Labs, etc.), Montreal Start Up, Start Up Festival et NextMontreal qui soutiennent activement la relève et valorisent l’activité entrepreneuriale.

Je crois que plusieurs des éléments requis sont en place pour relancer l’entrepreneuriat au Québec. Comme le dit si bien Michel Kelly-Gagnon, en espérant maintenant que nous serons en mesure de renouer avec notre esprit des coureurs des bois qui sommeille en nous et de nous lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Notre avenir collectif et nos standards de vie en dépendent grandement.

Stratégie québécoise de l’entrepreneuriat – Communiqué de presse

Stratégie québécoise de l’entrepreneuriat – Document détaillé

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About Ludovic Dumas

Ludovic transforms innovative companies into world-class organizations. He is an investment professional at an investment firm representing the interests of one of the most successful families in Canadian business. Before joining the private equity world, Ludovic was an investment banker at CIBC and with ING Group’s investment banking team in Frankfurt, Germany. Mr. Dumas was also a management consultant with Deloitte where he worked on corporate strategy, restructuring, market analysis, due diligence, and economic development mandates. Specialties Mergers & acquisitions, capital raise, corporate strategy, entrepreneurship.
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